ÉPIDÉMIES

ÉPIDÉMIES
ÉPIDÉMIES

L’épidémie, maladie sociale aux effets brusques et amples, est une grande réalité historique, longtemps aussi méconnue des historiens que redoutée des contemporains. Histoire des épidémies, mais aussi épidémies de l’histoire: les maladies n’apparaissent-elles pas avec leur vie indépendante, s’affirmant, s’étendant, s’atténuant et disparaissant? Rythmes propres, sans doute, mais en corrélation avec les crises de subsistance, les mentalités, les échanges commerciaux, les guerres ou les pèlerinages. L’étude des épidémies est ainsi au carrefour des disciplines: elle appartient, certes, à la médecine, mais aussi à la géographie humaine par ses modes de propagation et ses routes, à la psychologie sociale et à la démographie par ses effets, à l’histoire, enfin, dont elle accélère, ou freine, les transformations structurales et dont elle modifie les conjonctures.

À toutes les époques, les épidémies ont marqué de leurs sinistres effets l’évolution des sociétés. Les brusques déséquilibres qu’elles provoquent ébranlent les assises morales et matérielles des groupes humains; quelques-uns de leurs désastres s’inscrivent pour longtemps dans le paysage: dépopulation, décadence des villes, raréfaction des échanges, recul de certaines cultures. Leurs traces survivent non moins longtemps dans les esprits.

Mais chaque époque, chaque continent présente ses caractères épidémiologiques propres; l’épidémie est non seulement cause mais effet de la conjoncture. Elle ne peut pas plus être détachée de son temps que celui-ci ne peut être compris sans elle. L’étude doit en être chronologique et géographique.

Dans l’Antiquité

Si l’étude des textes anciens et les découvertes de la paléontologie font la preuve de l’existence de telle ou telle maladie contagieuse en un lieu et un temps donnés, il s’agit habituellement de descriptions ou d’observations de cas isolés ; et l’examen de certains squelettes ou de certaines momies, tout en permettant d’affirmer la présence de maladies infectieuses (lèpre, tuberculose, variole, etc.) bien avant l’ère chrétienne et même l’époque historique, n’apporte aucune information sur le contexte épidémique. Dans certains cas, nous pouvons extrapoler à partir de nos connaissances actuelles, mais sous réserve que celles-ci soient applicables à des faits remontant à plusieurs siècles ou millénaires, ce que la plasticité de certains agents infectieux ne permet pas toujours d’affirmer: ainsi la découverte de stigmates de variole sur une momie de la XXe dynastie peut autoriser à parler d’épidémie à l’époque correspondante en raison du caractère hautement contagieux de la variole moderne (en admettant que la sensibilité des Égyptiens au virus variolique et que la contagiosité de ce virus fussent identiques à ce qu’elles sont actuellement). Donc, si nous avons de fortes présomptions en faveur de l’existence d’une épidémie de variole aux lieux et dates correspondants, nous en ignorons toutefois la durée, la morbidité, la mortalité, la marche générale, etc. Dans le cas d’infections comme la lèpre ou la tuberculose, dont certains squelettes datés d’un millénaire avant J.-C. portent les stigmates, il n’en va plus de même et nous pouvons seulement affirmer l’existence de la maladie sans préjuger de son caractère épidémique ou non.

Inversement, dans bien des cas, la notion d’épidémie seule – d’une morbidité ou d’une mortalité importante – nous est parvenue sans qu’aucun diagnostic étiologique rétrospectif puisse être porté. Telle l’épidémie qui ravagea Rome en 293 avant J.-C.: pour la combattre, une mission fut envoyée à Épidaure pour recueillir les conseils des médecins de la célèbre école; la mission ramena l’un des serpents du temple d’Esculape; parvenu au milieu du Tibre, le serpent sacré s’échappa de la galère, nagea et s’échoua sur l’île Tiberina: aussitôt l’épidémie cessa (l’ospedale dei Fattebenefratelli, c’est-à-dire l’hôpital des Frères de la Charité, fut construit plus tard exactement à cet endroit).

L’histoire des épidémies nécessite donc un minimum de documents anatomiques, écrits ou figurés, et les sources d’information varient selon les régions et les périodes envisagées: ainsi les épidémies en Afrique, à l’exception des zones méditerranéennes qui faisaient partie du monde connu gréco-latin, ne peuvent être étudiées avant le XIXe siècle, alors que les textes égyptiens et chinois permettent de remonter à plus de dix siècles avant notre ère.

S’il est possible de porter, dans certains cas, un diagnostic rétrospectif précis lorsque les descriptions qui nous sont parvenues font mention de symptômes très spécifiques, nombre d’épidémies désignées sous le terme général de «fléau» ne peuvent être formellement identifiées. Le terme latin pestis , qui équivaut à fléau, a prévalu jusqu’au XVIIe siècle, recouvrant indifféremment toutes les grandes maladies épidémiques – peste, typhus, variole, etc. – souvent difficiles ou impossibles à identifier, et c’est sous le nom général de «peste» ou «pestilence» que sont relatées nombre d’épidémies anciennes.

Les récits de l’Ancien Testament

La peste des Philistins

La plus importante «peste» relatée dans la Bible, la plus longuement décrite est la peste des Philistins; et, cependant, la nature du germe en cause n’a pas été nettement établie, ce qui a permis aux historiens médecins d’avancer plusieurs hypothèses. Elle survint à Ashdod, en 1141 avant J.-C., lorsque les Philistins, après leur victoire sur les Hébreux, rapportèrent l’arche d’alliance. Installée dans le temple du dieu-poisson Dagon, l’arche provoqua la destruction de la statue païenne puis l’apparition d’une maladie contagieuse qui frappa tous les habitants; ceux-ci transportèrent l’arche à Gat, puis à Gaza, à Ashquelon et à Eqron, mais chaque fois la maladie y survint. Alors les Philistins rendirent l’arche aux Hébreux, l’accompagnant d’offrandes pour apaiser le courroux de Yahvé.

Dans le chapitre II du Premier Livre de Samuel, l’épidémie et l’offrande expiatoire sont longuement exposées et nous savons que, peu après l’installation de l’arche dans le temple de Dagon, «la main de Yahvé s’appesantit sur les Ashdodites et les jeta dans la panique: il les affligea de tumeurs dans les parties secrètes du corps. Les gens de la ville furent frappés, du plus petit au plus grand. Et il sortit dans les champs et dans les villages une multitude de souris, et l’on vit dans toute la ville une grande confusion de mourants et de morts». L’arche d’alliance resta sept mois (de décembre à juin) chez les Philistins qui, avant de la renvoyer, consultèrent leurs devins sur le moyen d’apaiser le dieu des Hébreux: «Faites des images de vos tumeurs et des images de vos souris qui ravagent le pays [...]. Prenez un chariot neuf et deux vaches [...]. Placez-y l’arche et un coffre contenant les images d’or.»

La présence des souris a fait proposer cet épisode biblique comme le plus ancien récit de peste bubonique; si plusieurs auteurs ont élevé des objections extrêmement sérieuses contre ce diagnostic, Topley et Wilson affirment, dans l’édition de 1946 de Principles of Bacteriology and Immunity , que le Livre de Samuel contient un «indiscutable récit de peste bubonique». Or le récit biblique, s’il parle bien d’une multitude de souris, n’indique pas qu’elles sont étroitement liées à l’épidémie; l’apparition des rongeurs a pu être notée comme un fléau supplémentaire sans impliquer une relation avec la mortalité des humains. Il n’est pas interdit de supposer que, si les Philistins avaient considéré les souris et l’épidémie comme un seul fléau, c’est une seule image votive les symbolisant qu’ils auraient adressée à Yahvé; qu’ils en aient façonné deux laisse à penser que, pour eux, il y eut deux fléaux simultanés.

Si les images de souris n’ont pas soulevé d’objection (étant entendu qu’il s’agit de la souris et non du rat; celui-ci n’arrivera en Palestine que mille ans plus tard), la figuration des «tumeurs» d’or a suivi les fortunes des diverses traductions du texte hébreu dans les langues latine, grecque, française et anglaise et des commentaires. Pour certains, les tumeurs, ou «emerods», situées «dans les parties secrètes du corps», étaient des bubons pesteux; pour d’autres, il se serait agi de prolapsus rectal ou d’hémorroïdes au cours d’une épidémie de dysenterie. Flavius Josèphe écrit dans ses Antiquités judaïques : «Les gens mouraient de dysenterie et de flux, et, avant de mourir, leurs entrailles sortaient.» La Vulgate ajoute: «Les Gethrites se concertèrent et se firent des sièges en peau», et, plus loin: «La main du Seigneur faisait dans chaque ville un grand carnage. Il frappait les hommes du plus petit au plus grand et leurs intestins sortant se pourrissaient.» Placées autour de l’anus (seule partie véritablement cachée du corps), ces tumeurs formaient bien des bosses expliquant la confusion avec les bubons pesteux; mais leur localisation est rappelée dans le latin de la Vulgate, concernant les images votives: quinque aureos anos ; certains commentateurs parleront de cinq souris d’or et cinq anneaux d’or.

La défaite de Sennachérib

Lorsque, en 701 avant J.-C., les Assyriens conduits par Sennachérib encerclèrent Jérusalem, les assiégés attendaient le premier assaut lorsqu’ils virent leurs ennemis se retirer après avoir enterré nombre d’entre eux. Cette défaite sans bataille ne pouvait avoir qu’une origine pour les Hébreux; le Deuxième Livre des Rois rapporte laconiquement: «Cette même nuit, l’ange de Yahvé sortit et frappa dans le camp assyrien 185 000 hommes. Le matin au réveil, ce n’étaient plus que des cadavres. Sennachérib leva le camp et partit. Il s’en retourna et resta à Ninive.» Les tablettes de Sennachérib confirment ce retour brusqué.

Longtemps, les historiens ont cherché à expliquer cette mortalité rapide. En 1917, l’histoire se répéta et l’explication apparut: des soldats anglais qui avaient longtemps séjourné dans la vallée marécageuse du Jourdain, au milieu des moustiques et de la chaleur, furent envoyés au repos à Jérusalem. Le lendemain, la moitié des soldats succombaient à un accès de paludisme pernicieux. L’analogie entre les deux épisodes permet peut-être d’attribuer à la malaria l’épidémie des Assyriens de Sennachérib.

L’Antiquité gréco-romaine

La peste d’Athènes

Dans Athènes assiégée par les Lacédémoniens et surpeuplée de réfugiés, une épidémie éclata, frappant un quart de la population (430 av. J.-C.). La résistance des assiégés s’en trouva affaiblie, mais les assiégeants, épouvantés par les récits des prisonniers et les lueurs des bûchers funéraires, se retirèrent, laissant un peuple anéanti et privé de son chef: Périclès, atteint lui aussi, venait de mourir.

Diodore de Sicile estime la mortalité à quelque 4 000 hoplites, 400 cavaliers et environ 10 000 habitants, sur un effectif de 29 000 hoplites et 400 000 habitants, réfugiés compris.

La nature exacte de l’épidémie a vivement excité la curiosité, et le long récit qu’en fait Thucydide dans le livre II de l’Histoire de la guerre du Péloponnèse a été minutieusement discuté. Si, pour Littré, «la peste d’Athènes est une des affections aujourd’hui éteintes, et quand on examine les détails et l’ensemble, il est impossible de retrouver aucune des maladies qui nous affligent maintenant», bien des étiologies ont été avancées pour l’expliquer: typhus, ergotisme, syphilis, variole, scarlatine, fièvre jaune, rougeole, dengue ou peste ont trouvé des partisans. Cependant jusqu’ici, la peste d’Athènes a gardé son mystère: «Les médecins étaient désarmés devant un mal qu’ils ne connaissaient point et la mort les frappait d’autant plus qu’ils soignaient plus de malades [...]. On prétend que l’épidémie commença dans l’Éthiopie, gagna l’Égypte et la Libye. Tout à coup, elle s’introduisit dans Athènes par Le Pirée, ce qui fit qu’on accusa les Péloponnésiens d’avoir empoisonné les puits du quartier [...]. Le malade ressentait d’abord une chaleur excessive à la tête, les yeux étaient rouges et enflammés, la langue et l’arrière-gorge prenaient une couleur sanglante, l’haleine était horriblement fétide. Bientôt survenaient des éternuements, puis le mal gagnait la poitrine et provoquait une toux violente; les malades avaient des nausées et des vomissements [...]. L’insomnie était constante. La plupart ne succombaient à l’ardeur qui les dévorait que le septième ou le neuvième jour. Chez ceux qui dépassaient ce terme, le mal s’emparait du bas-ventre et provoquait l’ulcération de l’intestin. Quand les sujets avaient pu résister à ces terribles assauts, le mal se portait sur les extrémités et la gangrène dévorait les organes génitaux, les doigts des mains et des pieds. D’autres survécurent à la perte de leurs yeux. On en vit qui, entrant en convalescence, avaient complètement perdu la mémoire. La mort n’épargnait pas plus les malades les mieux soignés que ceux qui étaient dénués de tout secours. On ne pouvait compter sur l’efficacité d’aucun remède» (Thucydide).

La maladie ne se limita pas à Athènes seule, mais ravagea les villes soumises à sa domination et revint à Athènes en 428. L’année suivante, Hippocrate séjourna dans la capitale grecque et certains ont vu dans quelques passages des Épidémies un rappel de la peste d’Athènes.

La peste de Syracuse

Dans l’armée carthaginoise qui assiégeait Syracuse en 396 avant J.-C. se manifesta soudain une épidémie mortelle, dont Diodore de Sicile a laissé la description: catarrhe, fièvre, apparition de pustules sur tout le corps, dysenterie et mort, au cinquième ou sixième jour, dans d’atroces souffrances. L’armée entière fut touchée et les cadavres amoncelés rendirent bientôt l’air irrespirable. Rien ne pouvait enrayer l’épidémie, que l’on attribua aux dieux irrités par la destruction de leurs temples. En raison des pertes énormes, l’armée leva le siège et Syracuse échappa aux Carthaginois. Une fois encore, une épidémie déplaçait le rapport des forces armées en présence et jouait un rôle important à longue échéance.

Plus de cent cinquante ans après, les armées romaines et carthaginoises se trouvèrent opposées au même endroit: toutes deux furent atteintes par le même fléau meurtrier.

Pas plus que pour la peste d’Athènes, l’identité du germe responsable n’a pu être établie: si la peste peut être formellement écartée, puisque aucun chroniqueur n’en signale les bubons caractéristiques, le typhus et la dysenterie, les deux vieux compagnons des armées en campagne, s’expliqueraient par l’entassement des soldats et les mauvaises conditions sanitaires. Le sol marécageux et la saison chaude ont fait suspecter le paludisme; l’éruption a fait évoquer la variole. Insatisfaisantes, ces hypothèses laissent tout son secret à la peste de Syracuse.

La peste antonine

Lorsque l’armée romaine revint victorieuse de Syrie après la prise de Séleucie (165), Rome fit à son chef Lucius Verus et à l’empereur Marc Aurèle un triomphe auquel assista une foule considérable. Ce grand rassemblement fut l’occasion d’une épidémie: le typhus exanthématique pour certains, une forme ancienne de la dengue pour d’autres; peut-être y eut-il intrication de plusieurs maladies. Connue sous le nom de «peste antonine», elle ravagea, quinze ans durant, l’Italie et la Gaule, et les premières années furent marquées par des hécatombes: en 167, la mortalité quotidienne à Rome atteignit parfois 3 000 personnes; des villages entiers furent dépeuplés, les combats cessaient, la terreur s’installait. Marc Aurèle tenta d’apaiser Apollon dont on soupçonnait la colère après le pillage de son temple par un soldat de l’armée de Syrie: les processions et les prières permirent surtout à l’épidémie de s’étendre.

Durant un répit, en 169, Marc Aurèle regroupa son armée pour lutter contre les Germains menaçant l’Illyrie; si finalement il remporta la victoire, ce fut après avoir levé une seconde armée, la première ayant été détruite par l’épidémie. L’empereur régnait sur un pays ruiné, presque dépeuplé. Lorsqu’en 180 l’agitation reprit chez les Germains, Marc Aurèle décida de battre les tribus germaniques et d’étendre les frontières de l’Empire romain jusqu’aux Carpates; mais l’épidémie reprit, extrêmement violente, et l’empereur lui-même en mourut à Sirmium. La peste antonine ne s’éteignit que sept ans plus tard, avec une dernière et terrible flambée à Rome où la mortalité quotidienne atteignit 2 000 personnes.

Le célèbre médecin grec Claude Galien vivait à Rome en 165; mais, dès l’annonce de l’épidémie, il partit pour Pergame et sa fuite fut diversement interprétée: si, pour certains, c’est la peur qui le mit en route – selon le précepte d’Hippocrate applicable à toutes les épidémies: cito, longe, tarde (aussitôt, au loin, longtemps) –, pour d’autres, sa situation à Rome serait devenue intenable en raison de sa fatuité démesurée. Mais sa réputation le fit rappeler par Marc Aurèle. La description qu’il a laissée de la maladie est si imprécise que des commentateurs y ont vu, qui la variole, qui la scarlatine, qui la dysenterie.

Les premiers siècles de l’ère chrétienne

Les épidémies du IIIe au Ve siècle

Les derniers siècles de l’Empire romain connurent des épidémies, des tremblements de terre et des famines. De 252 à 254, une maladie se répand avec une violence extrême et la mortalité quotidienne en Grèce et à Rome atteint plusieurs milliers de personnes. Saint Cyprien, évêque de Carthage, la décrit ainsi: «L’invasion s’annonçait par un flux de ventre qui épuisait les forces; les malades accusaient une chaleur intérieure intolérable. Bientôt se déclarait une angine douloureuse; des vomissements continuels s’accompagnaient de vives douleurs d’entrailles. Les yeux, injectés de sang, étaient étincelants. Chez un certain nombre de malades, les pieds ou d’autres parties, envahis par la gangrène, se détachaient spontanément. Brisés par ces terribles assauts, les malheureux étaient en proie à un état de faiblesse qui rendait la marche chancelante. Les uns restaient privés de la vue, d’autres avaient perdu l’ouïe.»

En 302, une épidémie qu’Eusèbe désigne sous le nom d’«anthrax» décime à nouveau le monde romain. L’Empire en est à peine remis que la variole apparaît en 312.

Au Ve siècle, les famines et les épidémies accablent autant l’Empire romain que les tribus barbares. En 444, l’Angleterre est ravagée par une maladie contagieuse et les Bretons affaiblis permettent aux Saxons d’occuper l’île Thanet dans le Kent (449). Lorsque les Saxons envahiront l’Angleterre (463), Thanet leur sera une précieuse tête de pont, dont la possession était la conséquence directe d’une épidémie.

La peste de Justinien

«Vers 542 éclata une épidémie qui consuma presque tout le genre humain», écrit Procope qui en fut témoin direct. «Elle commença par la ville de Pelouse en Égypte, d’où elle s’étendit suivant un double courant, d’une part sur Alexandrie et le reste de l’Égypte, d’autre part sur la Palestine [...]. Pas d’île, pas de promontoire, pas de caverne habitée par l’homme qu’elle ne visitât [...]. Elle débutait toujours par les côtes maritimes et s’avançait de là, progressivement, vers l’intérieur des terres. Plusieurs croyaient voir des esprits ayant revêtu la forme humaine, qui se dressaient devant eux et les frappaient à certains endroits du corps [...]. On n’avait aucun moyen efficace, soit pour prévenir à temps l’invasion de la maladie, soit pour en conjurer la terminaison fatale [...]. Ceux dont le bubon prenait le plus d’accroissement et mûrissait en suppurant réchappèrent pour la plupart [...]. L’épidémie de Constantinople dura quatre mois, le chiffre des morts s’accrut chaque jour jusqu’à 5 000, pour s’élever enfin à 10 000 et même davantage.»

La peste de Justinien frappa l’Occident et le Moyen-Orient à plusieurs reprises jusqu’à la fin du siècle suivant. Grégoire de Tours en parle plusieurs fois dans son Histoire des Francs : il la cite à Arles en 549 («cette province est cruellement dépeuplée»), à Clermont en 567 («un certain dimanche, on compta 300 cadavres dans la cathédrale»), à Lyon, à Bourges, Chalon, Dijon... En plus de l’Italie et de la Gaule, elle ravagea l’Espagne puis revint en Orient. Pour la première fois se rencontra sous la plume des chroniqueurs la mention du bubon inguinal ou axillaire, qui permet de citer cette épidémie comme la première peste bubonique authentique; Grégoire de Tours précise: «La maladie qu’on nomme inguinale ravageait plusieurs pays [...]. Il naissait, à l’aine ou sous l’aisselle, une plaie en forme de serpent dont l’action était telle sur les hommes qu’ils rendaient l’âme le deuxième ou troisième jour de la maladie et que sa violence leur ôtait complètement le sens.»

Mais à cette forme bubonique classique vint s’ajouter la forme pulmonaire, hautement contagieuse et cause d’effroyables hécatombes. Morts en quelques heures, parfois subitement, les pesteux pulmonaires avaient auparavant contaminé leurs proches par leur toux et leurs éternuements. De cette épidémie date l’expression «Dieu vous bénisse» car, dit Jacques de Voragine dans La Légende dorée, «s’il arrivait que quelqu’un éternuât, souvent alors il rendait l’âme. Aussi, entendait-on éternuer, aussitôt on criait: Dieu vous bénisse.» Warnefried résuma tristement: «L’épidémie dépeupla les villes, changea la campagne en désert et fit que les habitations des hommes devinrent le repaire des bêtes sauvages.» Évagre le Scolastique reprit, dans son Histoire ecclésiastique , la description de Procope en y ajoutant une note personnelle: «Lorsque j’écris ces lignes, à l’âge de cinquante-huit ans (592), la maladie sévit pour la quatrième fois à Antioche; j’ai perdu pendant ses autres visites plusieurs de mes parents, ma femme, mes enfants, mes domestiques et de nombreux concitoyens; en ce moment, j’ai perdu ma fille et mon petit-fils.»

Pendant l’hiver de 589, la peste de Justinien frappa lourdement Rome et lorsque le pape Pélage II, atteint à son tour, mourut le 8 février 590, la terreur des Romains fut à son comble. Son successeur fut le célèbre saint Grégoire qui organisa en avril une procession durant laquelle l’Ange exterminateur apparut au sommet du môle d’Hadrien et remit au fourreau son épée ensanglantée: la peste cessa aussitôt et dès cette époque le môle d’Hadrien s’est appelé château Saint-Ange.

Au cours du siècle suivant, la peste de Justinien s’éteindra partout, après avoir frappé tant de contrées qu’elle est, pour les loïmologues (礼晴猪礼﨟, peste), la première pandémie reconnue de peste bubonique et pulmonaire. À l’inverse des deux pandémies suivantes (XIVe-XVIIIe et XIXe s.), elle disparaîtra sans laisser de foyers endémiques.

La peste jaune

Bède le Vénérable écrit dans son Histoire ecclésiastique de la nation anglaise que, en 664, en Angleterre, «une soudaine pestilence dépeupla d’abord la partie sud du pays et ensuite attaqua la province de Northumbrie, ravagea le pays de part en part et détruisit une grande multitude de gens. Ensuite la peste surgit, non moins gravement, dans l’île d’Irlande.» Dans les éditions critiques de Bède, plusieurs commentateurs ont ajouté à cet endroit: «Cette maladie fut appelée la peste jaune d’après la couleur des victimes.» S’agissait-il alors d’une nouvelle attaque de la maladie qui avait ravagé le pays un siècle plus tôt? En 547, en effet, une «pestilence» avait atteint jusqu’au roi Maelgwen et la chronique galloise rapporte: «Il mourut de la peste jaune dans l’église de Llanrhos.» Une autre chronique dit: «Saint Teilo reçut la charge de la paroisse de Llandaff, où il ne resta pas longtemps en raison de la pestilence qui détruisit bientôt toute la nation. On l’appelait la peste jaune parce que toutes les personnes qu’elle saisissait devenaient jaunes et si grande fut la destruction que bientôt le pays fut presque désert.» Un chroniqueur du XIIe siècle écrira au sujet de l’épidémie de 547: «Une peste qu’ils appelaient la peste jaune et que les médecins nommaient aussi jaunisse faisait rage à travers le pays de Galles dont le peuple tombait en masse.»

L’épidémie de 664 fut très meurtrière et ses ravages, vingt ans durant, en Northumbrie, affaiblirent ce peuple et anéantirent l’hégémonie que les Northumbriens avaient commencé à installer sur l’ensemble du pays. Contre toute attente, ils furent défaits à Nectansmere en 685; s’ils avaient été vainqueurs, la capitale anglaise eût été York.

D’où venait la peste jaune et quelle fut sa nature? Bède indique qu’elle commença dans le Sud: elle peut donc avoir été importée de la Gaule; les relations entre les deux pays étaient importantes: aux courants commerciaux, au trafic des esclaves il convient d’ajouter les voyageurs, les pèlerins qui allaient jusqu’en Terre sainte. Les échanges étaient fréquents entre Rome, la Gaule et les îles Britanniques. Or la variole qui sévissait en Gaule à cette époque fut peut-être la cause de la peste jaune, bien qu’aucune éruption n’ait été signalée. L’arrivée de la variole dans une population antérieurement indemne (comme ce sera le cas au Mexique plus tard) prit-elle une forme foudroyante, la mort survenant avant que l’éruption ait eu le temps d’apparaître? Shrewsbury, après avoir écarté les diagnostics de fièvre jaune (l’Aedes vecteur étant encore inconnu en Angleterre et le «vomito negro» n’étant pas noté), de peste, d’influenza, reprend l’hypothèse d’une épidémie de variole, rappelant que les récits de cette maladie chez les Indiens de la Nouvelle-Angleterre, peu après l’arrivée des Britanniques, indiquent «les corps extraordinairement jaunes avant la mort et après elle». Sa démonstration n’est pas, cependant, convaincante.

La mortalité fut considérable en Irlande: les chroniques contemporaines parlent de la moitié des habitants. Or l’Irlande abritait à cette époque l’élite des Européens chassés par les invasions barbares et la décadence de l’Empire romain. Creighton écrira: «Il ne fait aucun doute que la dévastation des îles Britanniques par la pestilence du VIIe siècle, aussi peu qu’en parlent les chroniques, fut l’une des principales raisons pour lesquelles les siècles suivants entrèrent dans l’ombre.»

La peste noire au Moyen Âge

Les «mortalités»

Mal équipées pour produire leur subsistance et maintenues, pour une large part, en état de sous-alimentation chronique, les sociétés de l’Occident médiéval ont vécu dans une déficience biologique propice à la propagation des maladies. Certaines d’entre elles étaient épidémiques, telle la lèpre. Celle-ci suscita, à partir du XIIe siècle, les premières mesures d’exclusion visant à retrancher de la vie commune certains individus en raison de leur situation pathologique et à les réunir dans des îlots strictement fermés. D’autres maladies surgissaient périodiquement et parcouraient telle ou telle région en grandes vagues épidémiques.

Les chroniqueurs ont noté soigneusement ces accidents, les passages des «pestilences» ou des «mortalités» qui, en quelques mois, faisaient disparaître une importante fraction de la population. «En ce temps-là (997), le mal des ardents s’alluma chez les Limousins. Un nombre incalculable d’hommes et de femmes eurent le corps consumé par un feu invisible et de tous côtés la plainte emplissait la terre. Alors l’abbé de Saint-Martial de Limoges [...] et l’évêque se concertèrent avec le duc et ordonnèrent aux Limousins un jeûne de trois jours. Tous les évêques d’Aquitaine s’assemblèrent à Limoges: les corps et les reliques des saints y furent solennellement apportés de toutes parts; le corps de saint Martial fut tiré de son sépulcre; tout le monde fut rempli d’une joie immense, et partout le mal arrêta ses ravages» (Adémar de Chabannes). «Un secret jugement du Seigneur fit s’abattre sur le peuple la vengeance divine (1045). Un feu mortel se mit à dévorer force victimes, autant parmi les grands que dans les classes moyennes et inférieures; il en réserva quelques-uns, amputés d’une partie de leurs membres, pour l’exemple des générations suivantes. En même temps, la population du monde presque entier endura une disette résultant de la rareté du vin et du blé» (Raoul Glaber).

Ces textes font apparaître d’abord que, pour les contemporains, l’épidémie, comme les autres accidents cosmiques inexplicables, les éclipses, le dérèglement des planètes ou les inondations, étaient des signes de la colère divine, la meilleure thérapeutique résidant par conséquent dans des rites liturgiques, des cérémonies expiatoires et les macérations d’une pénitence collective. Ils montrent aussi que le mal était étroitement lié à la disette et se développait dans une population que venait d’affaiblir une pénurie alimentaire exceptionnelle. Il est rarement possible à propos de ces éruptions épidémiques de définir la nature exacte des maladies, ni d’assurer leur caractère contagieux, non plus que de mesurer la proportion des victimes. Seule est évidente leur relation avec des carences diététiques et avec la famine.

L’épidémie

La situation se transforme avec l’invasion de l’Europe en 1348 par la peste noire. Le changement se manifeste d’abord dans les sources elles-mêmes: tous les chroniqueurs ont eu conscience d’être en face d’un phénomène nouveau et ont jugé nécessaire de donner une description du mal. Celui-ci est donc beaucoup mieux connu, et l’on peut dire qu’à ce moment commence véritablement l’histoire des épidémies européennes. À vrai dire, la peste avait déjà ravagé l’Occident médiéval au VIe siècle. Venue d’Orient, elle sévit, pendant un demi-siècle à partir de 543, en Italie, en Espagne et dans une partie de la Gaule. Les historiens inclinent à mettre en partie au compte de cette première épidémie la régression démographique qui fit de l’Europe du haut Moyen Âge un pays très faiblement peuplé. Mais la maladie s’est alors développée dans un monde très barbare, et l’extrême rareté de la documentation empêche d’en mesurer l’ampleur et les effets.

Celle qui, née en Asie centrale, atteignit Marseille à la fin de l’année 1347, par l’intermédiaire des navigateurs italiens et de leurs comptoirs commerciaux de Crimée, bénéficie au contraire d’un éclairage suffisant pour qu’on puisse établir à son propos un certain nombre de données sûres. Elle a fait naître en effet, au XIVe et surtout au XVe siècle, une abondante littérature médicale. Ces traités attestent qu’il s’agit bien de la peste bubonique, transmise par les rats et les puces, mais doublée d’une forme pulmonaire, plus foudroyante et qui se propage par contagion directe. L’évolution du mal est très rapide et, dans les pays où il sévit encore aujourd’hui, il déterminait naguère, avant les découvertes thérapeutiques très récentes, des taux de mortalité oscillant entre 60 et 100 p. 100.

Diffusion

Au XIVe siècle, le passage de l’épidémie fut bref; dans la plupart des localités, elle ne régna pas plus de six mois consécutifs. Mais elle parcourut l’Europe, du sud au nord. Depuis Marseille, elle gagna très vite Avignon, alors séjour du pape et carrefour du monde chrétien, qui fut un admirable pôle de diffusion. Avant l’été de 1348, elle avait traversé toute l’Italie, la moitié orientale de l’Espagne et la France jusqu’à Paris; pendant la fin de l’année, elle se répandit en Normandie et dans le sud-ouest de l’Angleterre. En 1349, elle ravagea l’Allemagne presque entière, les Pays-Bas, le nord-est de la France, l’Angleterre, l’Irlande, l’ouest du Danemark et de la Norvège, et poursuivit sa marche plus à l’est l’année suivante.

Il apparaît cependant que la vague ne submergea pas tout. Localement, des agglomérations voisines furent très inégalement frappées; des provinces entières semblent avoir été à peu près épargnées, le Béarn, la plus grande part de la Pologne, la Bohême, la Hongrie; venue de France, l’épidémie atteint l’ouest des Pays-Bas en 1349, elle en pénètre l’est, depuis l’Allemagne, en 1350, mais elle laisse indemne le centre de la région. Il semble, d’autre part, que la violence du choc varia en fonction des structures sociales.

Le mal semble s’être propagé de manière plus catastrophique dans tous les groupes humains fortement rassemblés, les communautés religieuses, les corps de troupe, et, d’une manière générale, dans les villes; ses ravages furent peut-être atténués dans les campagnes, et notamment dans les régions d’habitat dispersé. D’autre part, la peste a sans doute frappé moins durement les riches qui, mieux nourris, vivaient dans de meilleures conditions d’hygiène et qui pouvaient plus aisément fuir devant le fléau, comme le petit groupe d’aristocrates réfugiés dans un domaine de la campagne florentine, dont Boccace fait les conteurs du Décaméron ; à Lübeck, par exemple, les propriétaires de maisons ont succombé dans la proportion d’un quart seulement, alors que le taux moyen de mortalité dans les villes allemandes fut de 50 p. 100. On retrouve ici le lien entre le développement de l’épidémie et les conditions alimentaires. N’oublions pas que, lorsque la peste noire envahit l’Europe, celle-ci, encore surpeuplée, contenait un prolétariat misérable et famélique, déjà fortement malmené par les disettes et la suite de «mortalités» mal définies qui remplissaient la première moitié du XIVe siècle, et que ces conditions biologiques ménageaient un terrain favorable à l’irruption de la pandémie.

Les victimes

Les médecins de l’époque se sentirent désarmés devant elle. Ils en attribuèrent généralement l’origine à la «corruption» de l’air, l’un des quatre éléments du cosmos, provoquée par la conjonction de certaines planètes. Ils ne surent proposer que des remèdes dérisoires, et notamment des feux d’herbes aromatiques que l’on croyait propres à vaincre cette corruption atmosphérique.

Rares sont les données numériques qui permettent une évaluation précise des victimes de la maladie. «Par tout le monde, une maladie courait, appelée épidémie, dont mourut le tiers des hommes»: Froissart exprime ici l’opinion commune des contemporains quant à la proportion moyenne des décès. Celle-ci, estiment les historiens, oscilla, selon les régions et les groupes sociaux, entre deux tiers et un huitième. À Brême, 70 p. 100 des habitants moururent, de 50 à 60 p. 100 à Hambourg, 10 p. 100 à Magdebourg. Le registre paroissial de la bourgade de Givry, en Bourgogne, peuplée d’environ 1 500 âmes, fait mention de 645 décès entre le 1er août et le 15 novembre 1348. Dans quelques villages dépendant de l’abbaye de Westminster, 24 personnes moururent en 1346, une cinquantaine en 1347 et 1348; il en mourut 707 l’année suivante lorsque passa la peste. Albi comptait 1 790 chefs de famille en 1343, 1 100 à peine en 1357.

Conséquences

Répercussions psychologiques

Une telle saignée ne fut pas sans conséquences. Psychologiques d’abord. De même qu’au XIe siècle, devant les mortalités dont on ignorait les causes et les remèdes, les hommes virent dans cette hécatombe l’expression du courroux du Ciel. Pour conjurer le fléau se développèrent donc des rites de pénitence collective, parmi lesquels les processions de flagellants. «En l’an de grâce de Notre-Seigneur 1349 allèrent les pénitents. Ils sortirent d’abord d’Allemagne. Ce furent des gens qui faisaient pénitences publiques et se battaient de verges à aiguillons de fer. Ils se déchiraient le dos et les épaules en chantant des chansons bien pitoyables sur la Nativité et la Passion [...]. Ils faisaient leur pénitence trente-trois jours et demi, autant que Jésus-Christ passa d’années sur terre. Puis ils retournaient chez eux. Cette chose fut commencée pour prier Notre-Seigneur de refréner sa colère et casser ses verges» (Froissart). La terreur devant la maladie conduisit également à massacrer les juifs, qui furent accusés d’avoir empoisonné les puits et les fontaines. «En ce temps furent généralement par tout le monde pris et brûlés les juifs, leurs avoirs confisqués, excepté en Avignon, en terre d’Église» (Froissart). La peste favorisa l’explosion d’un antisémitisme latent, où les antagonismes religieux étaient avivés par les intérêts économiques. Peu à peu se répandit même l’idée fausse que les juifs avaient été moins atteints par l’épidémie que les chrétiens.

D’une manière générale, il semble que la conscience collective ait été durablement secouée; on peut en trouver le témoignage dans l’évolution des thèmes de la peinture, spécialement étudiée à Florence et à Sienne, et qui montre, comme la multiplication des confréries pieuses, un enfoncement dans le ritualisme et une fuite vers le surnaturel.

Conséquences démographiques et économiques

Les répercussions démographiques et économiques de la peste noire furent également profondes et durables. L’épidémie survenait dans une population en voie de stagnation sinon de déclin depuis l’optimum de la fin du XIIIe siècle. Les énormes vides creusés par le mal devaient sans doute être rapidement comblés, dans un milieu que cette brusque perte de substance libérait en effet du poids du surpeuplement. Mais la peste, à l’inverse des précédentes «mortalités», jusqu’ici occasionnelles, s’installa pour longtemps en Europe; elle se ralluma périodiquement, tous les dix ou quinze ans, pendant plus d’un demi-siècle. Ces résurgences furent durement ressenties; la peur qu’elles éveillèrent fut sans doute plus vive que lors de la première attaque et se transforma en inquiétude permanente. Surtout, elles empêchèrent, par leur répétition, toute reprise démographique et inclinèrent vers un abaissement progressif l’évolution de la population européenne. Peu à peu, certes, la maladie devint moins meurtrière, tandis que l’organisme humain s’accoutumait à se défendre contre elle. En Angleterre, où les études statistiques ont été des plus poussées, on voit le taux de mortalité décroître régulièrement dans le cours du XIVe siècle, à chaque retour de l’épidémie. Mais le premier de ces retours, en 1360, avait été presque aussi destructeur que l’attaque de 1349; en outre, il avait spécialement frappé les enfants, ce qui engageait davantage l’avenir. La peste noire n’est certes pas à l’origine d’une régression démographique dont on voit les traces évidentes avant son apparition, mais elle l’a considérablement accentuée; sans elle, l’Europe n’aurait pas été, comme il apparaît, deux fois moins peuplée en 1400 qu’un siècle plus tôt.

L’épidémie doit être tenue pour un facteur de première importance dans l’histoire économique de la fin du Moyen Âge. En premier lieu, elle a provoqué une crise de main-d’œuvre dont ont souffert les exploitants des grands domaines et les entrepreneurs qui dominaient la production artisanale. Cette crise a déterminé un brusque désordre dans les salaires, auquel les souverains ont essayé de remédier par les édits enjoignant de ramener les gages à leur niveau d’avant la peste. Vaine tentative. L’élévation des frais d’embauche, jointe à la diminution du nombre des sujets et à la nécessité, pour repeupler les exploitations progressivement désertées, de consentir à une réduction des redevances et des services, a porté un coup très rude à la seigneurie rurale et hâté sa décomposition. Améliorant ainsi la situation des travailleurs survivants, l’épidémie fut d’autre part à l’origine d’une concentration des patrimoines. La tonalité nouvelle que revêt l’économie européenne après 1348 (sa relative atonie consécutive à la raréfaction des producteurs et des consommateurs et, d’autre part, la hausse du niveau de vie, sensible aux différents étages de la société) ne peut être expliquée sans faire intervenir les effets, directs et indirects, de la peste noire. Celle-ci, la première d’une série de vagues épidémiques qui se sont succédé jusqu’au XIXe siècle, marque incontestablement le seuil d’une nouvelle phase de l’histoire de l’Occident.

Les épidémies des Temps modernes

Les grandes découvertes ouvrent une ère nouvelle dans l’histoire des épidémies. Les migrations européennes, les échanges intercontinentaux noués puis accrus, la traite des Noirs modifient toutes les données anciennes. À l’«œcuménisation» des maladies, aux nouvelles routes de propagation correspondent attitudes et moyens de lutte nouveaux et un chapitre neuf dans cette internationale confrontation de l’homme et de la maladie épidémique.

L’Europe

Dans l’Europe des XVIe et XVIIIe siècles se trouvent ainsi en présence maladies anciennes et maladies nouvelles.

La grande épidémie reste celle de peste. Sans doute les témoins ont-ils tendance à définir ainsi chaque mortalité infectieuse exceptionnelle, et toutes les épidémies ne sont-elles pas de peste. Les ravages de celle-ci sont d’ailleurs très variables, suivant les lieux, les époques. L’épidémie anglaise s’arrête aux pays baltiques. Les hauts plateaux allemands restent fréquemment indemnes. En France, le Languedoc a la réputation d’être «la province la plus pesteuse du royaume»: elle y demeure à peu près annuelle de 1481 à 1516. La terrible peste de 1599-1602 qui ravage l’Aragon, le Levant, la Castille et l’Andalousie épargne à peu près la Catalogne. Les itinéraires de propagation eux-mêmes varient. Si, en Espagne, l’épidémie vient généralement de l’est et du sud, en 1599 elle arrive par le nord et cette voie inhabituelle en augmente les désastres.

Le rythme de la maladie est aussi imprévu et irrégulier que sa marche. Ici l’attaque est courte et virulente, là elle s’étend sur des années, prélevant sa dîme en de brusques retours offensifs. À Barcelone, elle dure douze ans, de 1558 à 1570; à Palerme, dix ans, entre 1590 et 1600. Le fléau semble avoir particulièrement sévi en Europe dans le dernier quart du XVIe siècle. Il frappe alors avec une extraordinaire ampleur, surtout dans les villes, premières et principales victimes. Le tiers et jusqu’à la moitié de la population peut disparaître en quelques mois: Venise en 1575-1577 perd 50 000 habitants, Messine 40 000 et Barcelone, en quelques mois de 1589, près de 12 000 habitants. En 1647-1648, le seul diocèse de Murcie compte 40 000 morts.

Avec le XVIIe siècle, les retours de l’épidémie s’espacent, bien qu’elle réapparaisse, de-ci de-là, en brusques éclats destructeurs: en 1653 à Toulouse, en 1665 à Londres. Moins fréquente, elle n’est pas moins sévère: la peste de 1650-1653 supprime près de la moitié des habitants de Barcelone.

La peste de Marseille, en 1720, est une des dernières grandes manifestations en France de la maladie, qui disparaît finalement d’Occident au XVIIIe siècle pour se replier sur l’Europe orientale (Moscou, 1783), la Méditerranée (Balkans, 1828) et l’Asie.

De même, en Europe, la lèpre est en très rapide et générale régression durant l’époque moderne. Dès la fin du XVIe siècle, elle a presque disparu. Les nombreuses maladreries se vident; leurs biens devenus inutiles sont affectés aux hôpitaux.

D’autres maladies infectieuses, avec leurs spécificités régionales ou ethniques, leur rythme propre de diffusion, voient également leurs effets s’atténuer. Telles la suette miliaire, qui avait désolé l’Angleterre du XVIIe siècle et frappé la Picardie à partir de 1722, ou la variole, qui reste dans toute l’Europe jusqu’à la seconde moitié du XVIIIe siècle la grande maladie infantile, et maintient élevé le taux de mortalité. En période d’épidémie, elle enlève à Paris jusqu’à 20 000 personnes par an.

La coqueluche – le «tac» ou le «horion» – sévit de façon épidémique au XVIe et au XVIIe siècle surtout. En juin 1580, elle frappa 10 000 personnes à Paris et «persécuta quasi tout le royaume de France tant que l’année dura, n’en échappant quasi personne d’une ville, village ou maison» (Journal de Pierre de l’Estoile). En Suède, 40 000 enfants en seraient morts de 1749 à 1764. Autres épidémies sévères, celles du paludisme, «fond de tableau de la pathologie méditerranéenne», qui se développent en brusques accès sur l’endémie, au cours de certains travaux ou sous l’effet de conditions climatologiques favorables à la multiplication subite du vecteur.

L’épidémie est, très fréquemment, liée à la famine qui prépare son terrain en affaiblissant les hommes, en multipliant les décès et l’insalubrité. La grande année de disette de 1522 est, à Paris, celle d’une «merveilleuse et dangereuse peste si terrible que l’on disait qu’à l’Hôtel-Dieu de la ville plus de 1 220 personnes trépassèrent en trois jours [...]. L’on disait que la mort s’était principalement tournée sur les pauvres». Les classes populaires, victimes d’une sous-alimentation chronique, sont un terrain privilégié pour la peste, «ce grand massacreur de mal nourris». À Marseille, en mai 1720, lorsque la peste se répand, le blé se vend deux fois et demie plus cher que deux ans plus tôt. L’épidémie de Palerme, en 1763, est liée à la disette, qui chasse vers la ville un grand nombre de campagnards démunis de tout. Aussi bien ne peut-on, souvent, distinguer dans ces hécatombes la part de la maladie et celle de la famine. Fréquemment, l’épidémie diminue lorsqu’on recommence «à faire du pain dans les fours publics avec le blé de la nouvelle récolte». Le paludisme recule de même avec l’élévation du niveau de vie, justifiant le proverbe toscan: «Le remède du paludisme est dans la marmite.»

Cependant de nouvelles maladies ont pris le relais des anciennes épidémies. La syphilis apparaît en Méditerranée à la fin du XVe siècle, avec la découverte de l’Amérique précolombienne. «Vengeance des vaincus», elle se propage rapidement au tout début du XVIe siècle, rayonnant à partir des foyers urbains du plaisir vénal. En quelques années, elle contamine toute l’Europe, prenant, après une phase aiguë, une forme atténuée, mais affectant la masse de la population. Au XVIIIe siècle, les maladies nouvelles continuent de se répandre.

Diffusion hors d’Europe

Si l’Europe reçoit, elle «exporte» également dans les continents avec lesquels elle se trouve désormais en relations suivies: la mondialisation des épidémies est le grand fait nouveau. On connaît encore mal l’histoire des épidémies hors d’Europe à l’époque moderne, ainsi que l’influence qu’elles ont pu avoir sur l’évolution de certaines sociétés.

Particularités climatiques, obstacles géographiques, dispositions ethniques ont différencié des aires de même complexe pathogène vivant au même rythme d’épidémies récurrentes. Le Sahara a joué le rôle d’écran entre le monde méditerranéen et le domaine africain des maladies tropicales. Ces originalités sont renforcées par les réactions particulières des populations. La résistance des Noirs à la fièvre jaune est un des premiers faits signalés par les voyageurs. La sensibilité à la malaria est très variable également: très grande chez les Micronésiens et les Polynésiens, elle est presque nulle chez les Mélanésiens. En l’absence de toute frontière géographique, on peut ainsi suivre de véritables frontières nosologiques entre les populations.

Dans l’isolement ancien, chaque maladie épidémique a son destin propre. L’immunité acquise des populations, les liens périodiques entre certains groupes humains créent des paysages pathogènes changeants. L’équilibre demeure toujours instable entre l’immunité acquise et la sensibilité aux endémies et épidémies. Le visage de santé de chaque groupe se modifie suivant les époques.

Cependant les études récentes sur l’Afrique du Nord, la région de Tombouctou (Cissoko) ou les Indes ont montré, partout, les liens entre les catastrophes naturelles – famines, inondations, etc. – et les épidémies.

Avec les grandes découvertes et l’«européanisation» du monde, le tableau se modifie profondément. De nouvelles maladies sont diffusées: la variole atteint l’Amérique, la tuberculose se répand en Afrique. Chaque brèche dans l’isolement précédent apporte un taux plus élevé de décès, la nouveauté des infections importées les rendant d’autant plus meurtrières pour des populations non immunisées. Certaines populations de l’océan Pacifique restées longtemps à l’écart des grands échanges sont pratiquement détruites lorsqu’elles entrent en contact avec les Européens. Les Indiens du Canada sont décimés, au début du XVIIe siècle, par la variole qu’ils ignoraient. La malaria, inconnue jusqu’alors en Indonésie, ravage Batavia avec une brutalité sans pareille en 1732. Ces désastres causés par les maladies infectieuses sur un terrain immunologique vierge se retrouvent constamment, jusqu’à la lente acquisition d’une immunité chez les survivants; alors s’établit un nouvel équilibre.

Curtin a montré le rôle de la traite des Noirs dans cette mondialisation des épidémies: aller d’une rive à l’autre de l’Atlantique, c’est changer d’environnement pathologique, échanger les germes. Cet interchange des maladies reste encore aussi complexe que le problème des rapports de l’épidémiologie et de la race.

Répercussions sur la société

Les épidémies ont des répercussions sur toutes les formes de la vie des sociétés. La dialectique de la vie et de la mort s’exalte lors de ces grandes coupes claires. Les éphémères survivants se ruent vers l’extase religieuse ou la frénésie amoureuse.

Les rues jonchées de morts, les charrettes débordant de cadavres, les charniers, la brutalité des décès suscitent l’horreur. Les esprits les plus sains se troublent. Épidémies et terreurs collectives s’alimentent réciproquement. Les psychoses se répandent d’autant plus que les mentalités collectives sont dominées par un sentiment permanent d’insécurité. La psychologie de la peur fait que «la maladie rend plus cruels les uns pour les autres».

L’épidémie a toujours des effets économiques. La peste de 1599-1602, qui inaugure la crise démographique du sud de l’Espagne, renforce au profit de la Catalogne indemne le rapport des forces vives. La Castille, «centre fédérateur de la puissance espagnole, est atteinte irréversiblement». L’épidémie rompt brusquement des rapports commerciaux traditionnels; quarantaines, interdits, surveillances diverses bouleversent les échanges. Elle souligne, aussi, l’inégalité des classes sociales devant la mort. Les gens aisés peuvent rapidement se mettre à l’abri, loin des foyers de contagion. Les basses classes paient le plus lourd tribut. Les antagonismes sociaux s’exacerbent dans la peur commune. Parfois, l’épidémie est telle que les cadres administratifs sont décimés: à tous les niveaux, le personnel de fonctionnaires et la bourgeoisie cèdent la place; une immense relève a lieu. L’opposition historique des générations s’en trouve accentuée et ses effets aggravés.

Mais c’est, évidemment, dans le domaine de la démographie que les conséquences des épidémies sont le plus importantes. La mortalité peut être telle que certains villages ne s’en relèvent pas. Ailleurs, les brusques accroissements de décès entraînent l’année suivante l’augmentation des mariages. Les héritages, même modestes, permettent de se mettre en ménage. En 1637 à Vérone, au lendemain de la peste, les soldats de la garnison, assez nombreux à avoir échappé à l’épidémie, épousent les veuves plus ou moins riches héritières. L’élévation des naissances suit ainsi, régulièrement, le développement de la mortalité. Dans la démographie ancienne sont liés les trois mouvements: montée des prix, poussée de mortalité, accroissement de natalité.

Ces crises modifient l’âge moyen des groupes humains. La fin du XVIIe siècle, avec la recrudescence de la malaria, de la variole, du pourpre, marque un minimum de la durée moyenne de vie, qui remonte au cours du XVIIIe siècle.

Comme la famine et les guerres, les épidémies sont génératrices de brusques migrations qui secouent les ordres établis. Errants et vagabonds pullulent. Misère et banditisme prolongent l’horreur des épidémies. Les riches des villes s’effraient et se protègent par interdits et expulsions. Les désastres sont particulièrement grands lorsque l’épidémie suit les armées, comme il est fréquent pour le typhus, ravage certaines campagnes plus que les combats.

Toute agglomération fortuite d’humains favorise l’éclosion des maladies épidémiques: foires, cheminement des caravanes, pèlerinages.

Lutte contre les épidémies

Le caractère effrayant de l’épidémie justifie les mesures sévères de protection; la société, pour se défendre, mobilise toutes ses contraintes. Les formes de la lutte sont étroitement liées aux origines attribuées à la maladie. On la rattache à des forces surnaturelles: c’est la colère divine, marquée par les signes prémonitoires dans les astres. La peste de 1665 s’annonce ainsi par le passage de la Comète. Les premières mesures consistent donc à apaiser l’irritation divine: pénitences, processions, offices, prières. On croit aussi au rôle des sorciers, au complot des riches, des étrangers, des juifs: en même temps que l’épidémie naissent la suspicion et la peur, qui flambent en haine de classes ou de races.

Cependant, l’influence de la contagion est tôt pressentie. Dès 1580, un arrêt de la cour de Paris défend à toute personne de vendre, en temps d’épidémie, meubles et effets. En 1637, lors de la peste de Gênes, on brûle les linges des malades, on immerge les corps. Des mesures de protection, la plus générale est donc l’isolement. Isolement des malades, de leur maison, de leurs proches, des rues et des quartiers affectés, ou concentration des pestiférés dans des tentes hors des murs (Paris, 1585). Isolement aussi de la ville ou de la province encore indemne des foyers contagieux. La notion que la peste était importée de l’Est s’imposa en Europe dès le Moyen Âge. Les Vénitiens, les premiers, s’efforcèrent de se protéger en obligeant les navires et les particuliers, provenant de l’Orient suspect, à subir la quarantaine. Ces premiers règlements arrêtés en 1484 furent progressivement adoptés par les autres pays. La période de quarantaine varie pour les navires suivant la nature de leur patente de santé, nette, suspectée ou brute, suivant que le port d’origine est indemne, menacé ou touché. Les patentes furent admises dans les ports méditerranéens au milieu du XVIIe siècle. Le Royaume-Uni ne réglementa systématiquement la quarantaine qu’à la suite de la terrible peste de Marseille en 1720. La rigueur de ces mesures d’isolement est parfois extrême; ainsi entre 1580 et 1584, Barcelone suspend pratiquement tout échange avec Marseille, Gênes, le Portugal, l’Andalousie.

Dans les ports, les lazarets permettent aux passagers de purger leur quarantaine sans toucher la ville, et aux produits d’être purifiés par le soufre et le vinaigre. Les lazarets de Livourne, Gênes, Marseille comptent, au XVIIIe siècle, parmi les plus remarquables d’Europe.

Les gouvernements s’intéressent, progressivement, de plus près à la lutte contre les maladies et Johana Peter Frank déclare dans son Système de politique médicale , paru en 1799, que le maintien de la santé publique est l’un des devoirs de l’État.

Le cantonnement de la peste est un des plus grands succès de l’Europe classique et contribue à la disparition de l’épidémie.

Dans d’autres domaines, les progrès sont également sensibles. Le goût et la volonté d’observation et d’expérimentation qui caractérisent les sciences de la vie au siècle des Lumières permettent d’identifier les maladies, de dégager les traitements favorables.

La première victoire proprement médicale est remportée sur la variole. Les observations faites à Constantinople amènent à provoquer l’immunisation par l’inoculation de la maladie. Jenner fut conduit, en 1768, à penser que l’inoculation du cow-pox, ou vaccin, pourrait mettre sans danger à l’abri de la variole. Sa première vaccination, tentée le 14 mai 1796, marque un progrès décisif dans la défense contre les épidémies.

Progressivement sont abandonnés les remèdes extravagants du passé et utilisés de nouveaux produits et de nouvelles méthodes. Le mercure permet de traiter la syphilis. On commence à employer en Italie la quinine contre le paludisme. À Venise et à Naples, une législation nouvelle invite à isoler les tuberculeux et à assainir les chambres où ils sont morts (1767). En fait, l’atténuation, au cours du XVIIIe siècle, des anciennes maladies infectieuses européennes est due à un ensemble de facteurs dont le rôle exact reste mal défini: moindre virulence des germes, immunisation progressive de certaines populations, amélioration des mesures de protection, meilleure alimentation. Cette grande modification dans les rapports de l’homme et de la maladie est un fait essentiel de l’histoire européenne du XVIIIe siècle.

Hors d’Europe sans doute survivent les recours aux sorciers, aux pratiques rituelles. Cependant certains traitements d’observation ne sont pas sans effets. Tout ce domaine de la connaissance et des pratiques médicales utilisées contre les épidémies dans les sociétés traditionnelles demeure un vaste champ encore peu étudié.

L’époque contemporaine

Au XIXe siècle, le progrès des communications facilite les contaminations d’un continent à l’autre. Mais, au moment où la défense que constituait la distance – ou l’isolement – existe de moins en moins, les moyens de lutte, administratifs et médicaux, sont sans commune mesure avec ceux du passé.

Nouvelles épidémies européennes

En Europe, les nouvelles épidémies sont surtout la fièvre jaune et le choléra.

La fièvre jaune avait atteint Lisbonne en 1723, sévissant durement dans la péninsule Ibérique les années suivantes: Cadix est frappée en 1730, en 1733, en 1741, les Baléares en 1744, puis à nouveau presque toute l’Europe en 1800, 1810, 1812, 1821. La France est atteinte pour la première fois en 1802, Livourne en 1804. À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, les épidémies européennes de fièvre jaune sont à la fois plus rares, plus circonscrites, moins meurtrières. Elles disparaissent avec le siècle.

C’est avant tout l’apparition du choléra qui effraie le monde européen. La première grande épidémie, partie en 1827 des Indes, atteint la Crimée en 1830. Elle se répand en Europe orientale en 1831, en Europe occidentale en 1832. Avec des retraits et des retours offensifs, elle se maintient en Europe jusqu’en 1836-1837, d’où elle gagne l’Amérique. Une nouvelle épidémie atteint l’Europe en juillet 1865. Le choléra sévira périodiquement jusqu’à la fin du XIXe siècle, les dernières épidémies se déclarant en Russie et en Pologne (1921-1922). Les itinéraires des sept grandes pandémies du choléra (de 1817 à 1984) montrent le rôle qu’ont joué les troupes, les pèlerins, les caravanes commerciales dans la propagation de la maladie. Ils soulignent la rapidité croissante de sa progression par le développement des communications (rôle des «vapeurs» et des chemins de fer) et la «méridionalisation continue» des grandes vagues, dont les dernières touchent essentiellement les pays tropicaux.

Le relais du choléra est pris par la grippe asiatique, qui apparaît en 1889, puis en 1918 (grippe espagnole), et à nouveau en 1957.

La tuberculose, bien connue en Europe, qui a pris au XVIIIe siècle des formes plus virulentes, constitue une des principales maladies du XIXe siècle.

Conséquences sociales et politiques

L’épidémie du XIXe siècle, surtout le choléra, ne concerne plus la maladie seule. Elle est aussi liée à l’affrontement politique et social; diffusion des germes et des idées subversives vont de pair. L’épidémie ne révèle plus seulement la haine sociale, elle entraîne aussi la haine politique. Les classes malheureuses, frappées plus durement, ressentent l’injustice de ce prix payé à la mort et s’insurgent contre le pouvoir.

Le «corps d’observation» de Catalogne en 1821 est protection contre l’idéologie libérale autant que contre la fièvre jaune. Le choléra de 1832, l’épidémie la mieux connue, résume les deux dangers et suscite les mêmes réactions de défense.

Haine politique et haine sociale flambent. Le paysan du Var réagit en 1884 comme les indigènes à Manille en 1820. Devant le choléra, celui-là pense qu’il s’agit d’une «maladie inventée pour faire mourir les pauvres gens», ceux-ci accusent «les résidents étrangers d’avoir empoisonné l’air et l’eau pour les faire périr et s’emparer ainsi de leur pays».

Importance des épidémies extra-européennes

Les épidémies extra-européennes de l’époque contemporaine sont mieux connues grâce aux nombreux récits de voyageurs, de missionnaires, d’officiers et de fonctionnaires que multiplie l’expansion coloniale. Celle-ci modifie profondément les données de l’épidémiologie ancienne.

L’importance de la mortalité dans les sociétés précoloniales, soulignée par tous les rapports, dépend non seulement de la violence des épidémies mais du fait qu’elles frappent des sociétés en état de moindre résistance par suite de la crise qui les affecte à la veille de la colonisation.

Au Maroc, la peste de 1799 dépeupla le pays au point de bouleverser les conditions sociales et économiques; les épidémies de 1819 et de 1868 font disparaître 30 p. 100 des habitants. En Afrique orientale, dans les années 1820-1870, certaines affections peuvent enlever jusqu’aux trois quarts de la population. Dans l’Inde, notamment dans le nord du Bihar, les épidémies et les famines de 1769-1770 et de 1866 réduisent de moitié le nombre des habitants.

La conquête coloniale et les premières installations d’Européens paient un lourd tribut aux épidémies. Lors de la conquête de l’Algérie, le paludisme contraint d’évacuer 18 000 hommes dans le second semestre de 1830. Durant l’expédition du Mexique, 1 231 soldats français meurent au combat mais 4 694 de maladie. L’épidémie de fièvre jaune de 1881 à Saint-Louis du Sénégal arrête pour quinze ans la pénétration française.

Les statistiques britanniques des pertes du personnel militaire d’origine européenne en service dans les territoires d’outre-mer entre 1817 et 1836 soulignent l’ampleur des taux de mortalité dans les régions tropicales. Alors que la moyenne pour le Royaume-Uni est de 17 à 20 p. 1 000, elle atteint pour la Méditerranée (Malte, Gibraltar) 19 à 22 p. 1 000, pour les Antilles 85 p. 1 000, pour la Sierra Leone et la Gold Coast de 483 à 668 p. 1 000.

Jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle, les populations d’origine européenne devaient compenser leurs pertes par une mobilité et une miscibilité extrêmes. Les progrès réalisés dans la connaissance et la lutte contre les maladies tropicales modifient la situation à la fin du XIXe siècle. Au Congo belge, le taux de mortalité, supérieur à 20 p. 1 000 avant 1914, passe à 16 p. 1 000 en 1922, à 10 p. 1 000 en 1932 et à moins de 8 p. 1 000 en 1934, ayant diminué de plus de deux fois en une vingtaine d’années.

La mise en place d’un système de protection sanitaire pour les colons favorise également les populations indigènes. Après la phase de recrudescence de mortalité consécutive à l’importation de nouvelles maladies, après celle de stabilisation avec la progressive immunisation, apparaît la phase de régression. En Algérie, les fièvres paludéennes diminuent rapidement entre 1880 et 1890, la vaccination fait reculer la variole, la typhoïde perd de sa virulence dans les premières années du XXe siècle. Partout en Afrique, la vaccination, introduite par les missionnaires et les médecins européens au milieu du XIXe siècle, établit brusquement une différence de mortalité entre les villes de la côte et les régions de l’intérieur et modifie les équilibres traditionnels.

La mortalité croît brusquement lors des épidémies qui surviennent dans les masses agglomérées par le travail forcé. Ainsi, le creusement du canal de Suez entraîne de grosses pertes humaines (1865). La construction des voies ferrées en Afrique noire fait monter le taux de mortalité jusqu’à 432 p. 1 000. Des retours offensifs de l’épidémie brisent aussi, par moments, cette victoire générale. Le choléra, disparu d’Égypte en 1902, y reparaît en 1947. Mais les ravages ne sont plus comparables à ceux de naguère. Aux Indes, les mesures de défense contre la peste sont particulièrement efficaces après 1905 (œuvre de la Commission anglaise de la peste). En Afrique noire, la fièvre jaune est traquée avant les autres endémies. Le combat contre la maladie du sommeil prend de l’ampleur à partir de 1937-1938.

Les épidémies restent encore terribles dans certaines régions, maintenant une grande inégalité raciale devant la mort. Typhoïde, malaria, tuberculose continuent de frapper les populations de l’Amérique latine, et la mortalité infantile atteint 267 p. 1 000 sur les hauts plateaux boliviens, 335 p. 1 000 dans les régions de Salta et Jujuy en Argentine, alors qu’elle est, par exemple, de 22 p. 1 000 en Norvège: sous-développement et problèmes sanitaires sont étroitement liés.

Progrès de la lutte

Les étapes de cette lutte contre les épidémies sont celles de l’élévation du niveau de vie, du progrès scientifique, de l’organisation internationale.

Le lien entre famine (qui affaiblit les résistances) et épidémies fait que le recul et la disparition de celle-là, dans l’Europe du XIXe siècle, contribuent à l’atténuation de celles-ci. L’amélioration de l’alimentation s’accompagne des progrès de l’hygiène corporelle. La captation des sources, la construction des égouts suppriment un terrain favorable à la propagation. La généralisation du port du linge de corps accompagne la disparition des épidémies de peste.

L’usage de la vaccination se répand: elle est introduite en 1800 en Catalogne, en 1803 dans les possessions espagnoles, en 1818 à Madagascar. L’épidémiologie du paludisme est transformée lorsque A. Laveran découvre l’hématozoaire (1880) et que R. Ross montre que le moustique en est le vecteur; C. Finlay trouve en 1881 l’agent de la fièvre jaune; le bacille de la peste est découvert en 1894 par A. Yersin, et P. L. Simond démontre en 1897 que la puce de rat en est l’agent vecteur. Les vaccins contre la peste et le choléra apparaissent dans les dernières années du XIXe siècle.

Les progrès se multiplient et s’accélèrent autour de 1900. Le premier Congrès international de pathologie comparée se réunit à Paris, en 1912.

Parallèlement, les mesures de précaution prises par les États deviennent plus systématiques et efficaces. Partout, les quarantaines sont réglementées (Hambourg, 1856; Baltique, 1865; Angleterre, 1866; États-Unis, 1879). La protection internationale est lentement mise en place. Le 23 juillet 1851, la première conférence internationale réunit à Paris douze pays seulement. La convention sanitaire, péniblement élaborée, n’est alors ratifiée que par la France, le Portugal et la Sardaigne. Les conférences suivantes (Paris, 1859; Constantinople, 1866) n’apportent que peu de progrès. Désormais, l’utilité de ces réunions n’est plus contestée, leur importance et leur fréquence s’accroissent. Leur horizon demeure avant tout européen: c’est l’Occident qu’il s’agit de défendre, notamment les pays de la Méditerranée orientale, proches des grandes affections tropicales et asiatiques, et qui, depuis l’ouverture du canal de Suez, sont devenus des régions essentielles de transit. La conférence de Venise (1892) a créé un conseil qui a étudié les questions sanitaires maritimes et les problèmes de quarantaine en Égypte; composé de médecins de nationalités différentes, opérant conformément aux conditions traditionnelles du régime capitulaire, ce conseil est la pièce maîtresse de la défense sanitaire de l’Europe. La onzième conférence, tenue à Paris en 1903, arrête les premières grandes mesures concrètes. L’Office international d’hygiène publique (O.I.H.P.) est créé en 1907; bureau international d’information, il fournit les principes directeurs de lutte contre les maladies transmissibles (choléra, peste, fièvre jaune). Après la Première Guerre mondiale est confiée au comité d’hygiène de la Société des nations l’œuvre de coordination sanitaire entre tous les pays, cependant que l’O.I.H.P. poursuit sa tâche de prévention contre la propagation des épidémies. Ainsi, à la mondialisation des épidémies correspond la mondialisation de la lutte.

Fondée en 1948, l’Organisation mondiale de la santé (O.M.S.) regroupe et amplifie l’ensemble des activités de l’O.I.H.P. et du comité d’hygiène de la Société des nations. Les douze États qui avaient adhéré à l’Office de 1907 sont devenus cent quatre-vingt-un.

Le règlement sanitaire international promulgué par l’O.M.S. en 1951 remplace les conventions antérieures désuètes et régit les mesures officielles prises contre les six maladies quarantenaires ou pestilentielles: peste, choléra, fièvre jaune, variole, typhus, fièvre récurrente. Le système de concentration et de diffusion des nouvelles établi par l’O.M.S. permet de tenir à jour la carte sanitaire internationale et d’appliquer immédiatement les mesures de protection.

Recrudescence des épidémies

Depuis les années soixante-dix, l’extension des troubles dans les régions décolonisées, la temporaire désorganisation des anciens services de santé, la mise en exploitation d’avions géants, la multiplication des échanges et du trafic international ont provoqué une reprise des maladies quarantenaires. Après le chiffre le plus bas de 700 cas en 1962, la peste s’est manifestée à nouveau avec, en 1966, plus de 3 000 cas pour le seul Vietnam. Le choléra connaît, depuis 1959, une extension plus grande encore: se propageant hors d’Indonésie, il est signalé dans plus de vingt pays d’Asie, des Philippines à l’Iran et à l’Irak. La fièvre jaune sévit dans les zones tropicales d’Afrique avec plus de force. La lèpre n’a pas disparu du Congo. Dans l’Ouest africain, ainsi que dans des régions entières d’Afrique orientale, la lutte antipaludique n’a pu encore aboutir à l’éradication de la maladie. Partout, on signale la reprise de la syphilis.

En 1958, l’O.M.S. dut lancer une campagne contre la variole, renforcée en 1966 et plus systématiquement poursuivie en Amérique du Sud et en Asie. Malgré ces efforts, la maladie n’est qu’en légère régression (en 1963, 123 000 cas dont 98 000 en Asie; en 1987, 80 000 cas). Cet exemple montre que l’effort individuel, national et international ne peut être relâché. Un seul foyer dans le monde expose, potentiellement, chaque pays et chaque personne.

La lutte entre l’homme et la maladie n’est jamais achevée. Au cours des dernières années, la grande crainte séculaire des épidémies réapparaît, avec son cortège de réels dangers et de fantasmes sociaux.

La grande ombre du sida domine le paysage épidémiologique de la fin du siècle, en raison du caractère implacable de la maladie, de son essor régulier et de sa généralisation. Les médias contribuent à en faire appréhender les effroyables conséquences humaines, les effets démographiques à long terme, voire le poids économique. Non sans dramatisation. Le sida, touchant tous les pays et tous les groupes sociaux – parfois les plus aisés –, tend cependant à être la maladie la plus redoutée. Elle apparaît, dans les années quatre-vingt, d’abord dans les milieux homosexuels et chez les consommateurs de drogue. Le virus en fut découvert en 1983 (VIH, ou virus de l’immunodéficience humaine). Depuis lors, rien n’a pu enrayer son développement, désormais de l’ordre de 50 p. 100 par an. Les chiffres officiels de sidas déclarés par les gouvernements à l’O.M.S., estimés inférieurs à la réalité de 25 à 30 p. 100, sont, en 1990, de 254 000. À la fin de 1991, on estimait le nombre de sidaïques dans le monde à environ 400 000, dont un peu plus de 15 000 en France. En mars 1992, l’O.M.S. comptait 18 900 cas en France et 14 500 en Espagne.

Les progrès certains dans la détermination de la maladie et dans sa lutte augmentent l’espérance de vie des malades, sans toutefois encore faire espérer leur guérison.

La géographie mondiale de l’épidémie dessine trois grandes zones de répartition: le type occidental, où l’on trouve une majorité d’homosexuels et d’héroïnomanes, le type africain, à forte proportion de femmes et où la transmission des seringues joue un grand rôle, les pays à caractère mixte. Le premier cas est bien représenté par la France, avec, en 1991, parmi les sidaïques, 46 p. 100 d’homosexuels, 26 p. 100 de toxicomanes, 10 p. 100 d’hétérosexuels, 8 p. 100 de transfusés, 2 p. 100 d’enfants, 8 p. 100 d’indéterminés. La Côte-d’Ivoire ou le Zaïre offrent le type africain parfait, avec une maladie essentiellement urbaine, répandue surtout chez les prostituées, et en très rapide expansion, Abidjan comptant à elle seule, en mars 1992, 10 792 cas officiellement recensés. Le Brésil et Haïti combinent les deux exemples.

Avec environ 4 500 à 5 000 morts du sida de 1981 à 1990 inclus, la maladie reste, en France, très minoritaire parmi les causes de décès (0,3 p. 100 de la mortalité générale). Le sida n’est contagieux que dans des conditions bien précises impliquant des contacts intimes.

Amplifiée par le drame des contaminés par transfusion sanguine, la crainte du sida offre à l’historien l’exemple contemporain des grandes peurs des épidémies de naguère et montre le rôle de la psychologie collective dans leur perception, l’écart entre réalité et conscience morale.

Moins redoutées et pourtant aussi redoutables, d’anciennes maladies que l’on croyait en voie de disparition réapparaissent avec une violence qui semble se jouer des anciennes immunités comme de certains traitements qui paraissaient pourtant décisifs. Au premier rang, et faisant le plus de ravages: le paludisme. Il connaît une nouvelle et terrible expansion. Il affecte, en 1992, 270 millions de personnes dans le monde, en tue 1 million par an, en menace plus de 2 milliards, soit 40 p. 100 de la population mondiale. L’Afrique est une zone particulièrement sensible; plus de 50 p. 100 de la population est atteinte. Sa recrudescence, liée aux modifications de l’environnement, semble impossible à enrayer. De brusques flambées d’épidémies frappent certaines régions en guerre, comme l’Afghanistan, ou soumises à la famine, comme l’Éthiopie. L’Amérique latine redevient un important foyer d’infection, le nombre de cas y ayant doublé dans la décennie 1981-1990 (600 000 cas recensés pour le Brésil en 1991).

L’irrésistible «essor» de la maladie, endémique dans quatre-vingt-dix pays, conduit l’Organisation mondiale de la santé à remplacer les stratégies d’éradication par des stratégies de lutte: protection par moustiquaire, évaluation régulière des situations épidémiologiques, analyse des déterminants économiques et écologiques, sources de la maladie. La sensibilisation de l’opinion par l’O.M.S. et une nouvelle mobilisation des pays industrialisés ont permis en octobre 1992 la mise en place d’un plan décennal de lutte entraînant une dépense annuelle oscillant autour de 200 à 250 millions de dollars.

Les maladies épidémiques et transmissibles ne cessent ainsi, à travers l’histoire et jusqu’à nos jours, d’affirmer leur dimension sociale et culturelle.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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